Relations amoureuses chez les ados : repérer ce qui est sain… et ce qui ne l’est pas

Le 14 février, la Saint-Valentin s’invite partout : dans les vitrines, sur les téléphones, dans les conversations entre amis. 🩷

Pour beaucoup d’adolescents, cette journée agit comme un révélateur. Être en couple, ne pas l’être, recevoir un message, attendre une réponse… autant de situations qui peuvent provoquer excitation, fierté, mais également malaise ou sentiment de mise à l’écart.

Du côté des parents, cette période soulève souvent des interrogations silencieuses : mon ado vit-il une relation qui le fait grandir ? Est-ce que je dois intervenir ? Comment savoir si ce qu’il ou elle traverse est « normal » ou préoccupant ? 

Les relations amoureuses font partie intégrante de l’adolescence, mais toutes ne se ressemblent pas. Certaines relations aident l’ado à grandir et à mieux se connaître, quand d’autres peuvent l’ébranler. Savoir les distinguer fait partie des apprentissages essentiels à cet âge. 💞

 

L’amour à l’adolescence : un terrain d’apprentissage émotionnel

À l’adolescence, les relations amoureuses participent à un apprentissage fondamental : celui du lien affectif. C’est souvent la première fois qu’un jeune expérimente une relation choisie, intime, qui échappe en grande partie au regard parental. Cette nouveauté peut être source d’élan, mais aussi de confusion.

Sur le plan psychologique, cette période correspond à une intensification des émotions. Le cerveau émotionnel est très actif, tandis que les zones impliquées dans la prise de recul et l’auto-régulation sont encore en développement.

Résultat : les sentiments sont vécus « en grand », parfois sans filtre. Une dispute peut sembler insurmontable, un silence devenir angoissant, une rupture être ressentie comme un effondrement.

Ces expériences ne sont pas anodines pour la suite. En effet, elles participent à la manière dont l’ado va se représenter l’amour, le respect, la confiance et les limites dans ses relations futures. 💐

Pourquoi les relations amoureuses prennent autant de place à cet âge ?

À l’adolescence, le regard des pairs prend une importance considérable. Être aimé·e par quelqu’un de son âge peut renforcer le sentiment d’exister, de compter, d’avoir de la valeur. À l’inverse, être rejeté·e ou ignoré·e peut profondément ébranler l’estime de soi. 🌸

Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène. Les couples y sont souvent mis en scène de manière idéalisée : photos parfaites, déclarations publiques, démonstrations d’affection visibles par tous. Cette exposition permanente peut créer des comparaisons difficiles à vivre et nourrir l’idée qu’une relation doit être intense, fusionnelle, constante pour être « vraie ».

En France, près d’1 ado sur 2 de 15–19 ans déclare avoir un·e petit·e ami·e, avec des relations qui peuvent déjà durer plusieurs mois. La durée moyenne d’une relation est de 4 mois à 15 ans, 1 an et 3 mois à 19 ans.

Les premières relations, entre idéalisation, dépendance et vulnérabilité

Les premières histoires d’amour sont souvent marquées par une forte idéalisation. L’autre est perçu comme unique, indispensable. Cette intensité peut conduire l’ado à tolérer des comportements qui le mettent mal à l’aise, simplement pour ne pas perdre la personne.

Beaucoup d’adolescents n’ont pas encore les repères nécessaires pour identifier certaines dynamiques relationnelles. Ils peuvent notamment confondre :

  • l’attention avec la surveillance, lorsqu’un partenaire veut tout savoir en permanence, exige des réponses immédiates ou vérifie leurs échanges ;
  • l’attachement avec le contrôle, quand la jalousie, les interdictions ou les reproches sont interprétés comme des preuves d’amour ;
  • l’engagement avec le sacrifice de soi, en mettant leurs propres besoins, envies ou limites de côté pour préserver la relation.

Ils peuvent penser qu’aimer signifie tout partager, tout accepter, tout pardonner. Or, sans repères clairs, cette confusion ouvre la porte à des relations déséquilibrées, parfois douloureuses, sans que l’ado ait les mots pour l’exprimer. 💔

 

À quoi reconnaît-on une relation amoureuse saine chez un·e ado ?

Il n’existe pas de relation « parfaite », encore moins à l’adolescence. Les maladresses, les incompréhensions et les conflits font partie de l’apprentissage. Ce qui permet de parler de relation saine, ce n’est pas l’absence de tensions, mais la manière dont elles sont vécues et traversées.

Un sentiment de sécurité émotionnelle

Dans une relation équilibrée, l’ado se sent globalement en sécurité sur le plan affectif. Il ou elle n’a pas peur d’être rejeté·e pour avoir exprimé un désaccord, une émotion ou un besoin. Les échanges ne reposent pas sur la peur de décevoir, mais sur la confiance que la relation peut supporter les différences. 🫶

L’ado peut se sentir soutenu·e, encouragé·e, valorisé·e pour ce qu’il ou elle est, et pas uniquement pour ce qu’il ou elle fait pour l’autre.

💡Voici un bon indicateur pour les parents : après un échange ou un désaccord, votre ado ne se sent pas humilié·e, rabaissé·e ou coupable d’être lui-même ou elle-même.

Le respect des limites personnelles

Une relation saine laisse de la place aux frontières individuelles. L’ado peut dire « non » sans craindre une sanction affective. Cela concerne aussi bien le corps (contact physique, intimité) que le temps, les choix ou les opinions.

Le respect des limites se manifeste par des comportements simples, mais parlants :

  • accepter qu’un message ne reçoive pas de réponse immédiate ;
  • ne pas exiger de preuves constantes d’amour ;
  • entendre un refus sans insister ni culpabiliser.

Ces limites permettent à l’ado d’apprendre à se respecter et à reconnaître ce qui lui convient ! 😉

Le maintien d’une vie personnelle en dehors du couple

Une relation équilibrée n’absorbe pas toute la vie de l’adolescent·e. Les amitiés, les activités, les passions et les moments en famille continuent d’exister. Le couple s’inscrit dans la vie de l’ado, mais ne la remplace pas.

Lorsque l’ado peut passer du temps avec ses ami·es sans provoquer de tensions, ou poursuivre ses projets personnels sans se justifier, c’est souvent bon signe ! 😄

De la communication, même quand c’est inconfortable

Dans une relation saine, les sujets délicats peuvent être abordés, même maladroitement. L’ado peut exprimer ce qui le blesse, ce qui l’agace ou ce qui l’inquiète, sans être ridiculisé·e ou disqualifié·e.

Cela ne signifie pas que tout se règle facilement ! Mais les désaccords ne débouchent pas systématiquement sur des menaces de rupture, du silence ou des reproches.

La possibilité de prendre de la distance sans trop d’angoisse

Enfin, voici un point souvent sous-estimé : dans une relation équilibrée, l’ado peut tolérer la distance. Une soirée sans se voir, un week-end sans l’autre ou un moment de solitude ne sont pas vécus comme une menace pour la relation.

Cette capacité à supporter l’absence est un marqueur important de maturité affective. Elle permet à l’adolescent·e de construire une relation fondée sur la confiance, et non sur la dépendance.

Pour les parents, l’enjeu n’est pas de surveiller chaque détail, mais d’aider leur ado à développer ces repères intérieurs. Plus un adolescent sait reconnaître ce qui lui fait du bien, plus il sera en mesure, plus tard, de construire des relations respectueuses et épanouissantes. 💘

 

Quand la relation devient déséquilibrée : les signaux à repérer

Toutes les relations adolescentes traversent des zones de tension. Les disputes, les maladresses ou les périodes de doute font partie de l’apprentissage affectif. Ce qui doit alerter, en revanche, ce sont les dynamiques qui s’installent dans la durée et qui finissent par avoir une atteinte à la liberté, l’expression ou le bien-être de l’ado. ⚠️

Ces signaux ne sont pas toujours spectaculaires. Ils apparaissent souvent progressivement, ce qui les rend plus difficiles à identifier, aussi bien pour les adolescents que pour leur entourage.

On a parfois tendance à se dire que « ça va passer », que ce sont des amours de jeunesse. Pourtant, la violence au sein du couple commence dès les premières relations : 4 % des jeunes femmes de 18 à 24 ans déclarent en avoir été victimes en 2023 (Enquête VRS, citée par la MIPROF).

Jalousie, contrôle et isolement

La jalousie est parfois présentée comme un signe d’attachement. Pourtant, lorsqu’elle devient envahissante, elle peut profondément fragiliser la relation.

Concrètement, cela peut se traduire par :

  • des demandes constantes de localisation (« tu es où ? Avec qui ? ») ;
  • une obligation de répondre immédiatement aux messages ou aux appels ;
  • des critiques répétées envers les ami·es, la famille ou les activités extérieures ;
  • des remarques déguisées qui incitent l’ado à s’éloigner de son entourage.

Peu à peu, l’adolescent·e peut restreindre ses sorties, éviter certains amis ou renoncer à des activités pour éviter les conflits. L’isolement s’installe alors sans toujours être perçu comme tel.

Pressions émotionnelles ou affectives

Certaines relations reposent sur un rapport de force émotionnel. L’ado peut se sentir responsable du bien-être de l’autre, au point de s’oublier lui-même ou elle-même. ☹️

Ces pressions prennent différentes formes :

  • chantage affectif (« si tu m’aimais vraiment, tu ferais ça ») ;
  • menaces implicites ou explicites de rupture ;
  • culpabilisation après un désaccord ;
  • mise en doute des émotions ou des perceptions de l’ado (« tu exagères », « c’est dans ta tête »).

Ces mécanismes peuvent désorienter l’adolescent·e et l’amener à douter de son propre ressenti, ce qui rend la relation encore plus difficile à questionner.

Perte progressive de confiance en soi

Un signal fréquent, mais souvent invisible, concerne l’estime de soi. L’ado peut commencer à se dévaloriser, à s’excuser excessivement ou à modifier son comportement pour éviter les reproches.

Vous pouvez observer :

  • une diminution de l’assurance ou de la spontanéité ;
  • une peur de mal faire ou de décevoir ;
  • une tendance à justifier systématiquement le comportement de l’autre.

Mal-être émotionnel et retentissement sur le quotidien

Une relation déséquilibrée ne se limite pas à la sphère affective. En effet, elle a souvent des répercussions sur l’ensemble du quotidien de l’ado.

Cela peut se manifester par :

  • des changements d’humeur ;
  • des troubles du sommeil ou de l’appétit ;
  • une baisse de concentration ou de motivation scolaire ;
  • un repli sur soi ou une irritabilité inhabituelle.

À l’adolescence, la souffrance psychique est loin d’être rare : l’enquête EnCLASS 2022 retrouve des niveaux importants de solitude et de risque dépressif chez les collégiens et lycéens. Dans ce contexte, une relation qui isole ou inquiète mérite d’être prise au sérieux.

Difficulté à prendre de la distance ou à envisager une séparation

Enfin, un indicateur important concerne la capacité de l’ado à imaginer un « après ». Lorsqu’une relation devient centrale au point de sembler indispensable à l’équilibre émotionnel, toute prise de distance peut provoquer une angoisse intense.

L’adolescent·e peut exprimer :

  • une peur disproportionnée de la rupture ;
  • l’impression de ne « rien être » sans l’autre ;
  • une incapacité à se projeter en dehors de la relation.

Dans ces situations, la relation repose sur une dépendance affective qui mérite d’être accompagnée avec beaucoup de bienveillance. 🤍

Vous cherchez un accompagnement adapté, mais vous vous sentez un peu perdu ?

 

Comment parler avec un ado de ses relations amoureuses de manière respectueuse ?

Parler de la vie amoureuse de son ado n’est jamais simple. On a envie de protéger, de prévenir, parfois d’alerter… et en même temps, on sait qu’un mot de trop peut le ou la braquer. Beaucoup de parents avancent à tâtons, partagés entre la peur d’en faire trop et celle de ne pas en faire assez. 😬

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’avoir « les bons mots » parfaits. Ce qui compte avant tout, c’est votre posture.

Sortir de la critique, même bien intentionnée

Dire à un ado que sa relation est « mauvaise pour lui » ou « malsaine » revient souvent à disqualifier ce qu’il ressent. Même si la remarque part d’une inquiétude légitime, elle peut être vécue comme une remise en cause de sa capacité à choisir, à comprendre, à ressentir.

Une approche plus aidante consiste à partir de ce que vous observez, sans interpréter :
« Je te sens plus tendu·e en ce moment, et je me demandais si quelque chose te préoccupait. »

Cette manière de faire ne met pas l’ado sur la défensive. Elle lui laisse la liberté de parler… ou non.

Ouvrir la discussion sans forcément chercher à obtenir une réponse

Les adolescents n’ont pas toujours les mots, ni l’envie de se confier. Les questions trop directes ou trop insistantes peuvent les faire se refermer. À l’inverse, des questions ouvertes, posées sans vraiment d’attentes, peuvent faire leur effet.

Par exemple :

 « Comment tu te sens dans cette relation, ces derniers temps ? »
« Est-ce qu’il y a des moments où tu te sens moins bien avec lui/elle ? »

Il s’agit d’une invitation à réfléchir à son propre vécu, et non pas d’un interrogatoire. Parfois, la réponse ne vient pas tout de suite. Et c’est très bien ainsi. 💞

Écouter sans minimiser ni dramatiser

Quand un ado se confie, le réflexe parental peut être de relativiser (« ça passera ») ou, au contraire, de s’inquiéter fortement. Ces deux réactions peuvent involontairement couper la parole.

Souvent, ce dont l’ado a besoin, c’est simplement de sentir que ce qu’il vit est entendu :

 « Ça a l’air de te faire beaucoup réfléchir. »
« Je comprends que ce soit compliqué pour toi en ce moment. »

Accepter que les choses prennent du temps

Même lorsqu’un parent perçoit un déséquilibre, l’ado n’est pas toujours prêt à l’admettre. Il ou elle peut avoir besoin d’expérimenter, de se tromper, de comprendre par lui-même ou elle-même.

Rester présent, rappeler régulièrement que l’on est disponible pour en parler, sans pression ni ultimatum, permet de préserver la confiance.

S’appuyer sur l’entourage familial

Si une inquiétude persiste et que votre adolescent se braque face à vous, il peut être utile de faire appel à un autre adulte de confiance : grand frère ou grande sœur, parrain, marraine, oncle, tante… Une personne avec qui il ou elle se sent proche pourra parfois ouvrir le dialogue plus facilement. L’objectif, c’est que quelqu’un puisse l’aider à réfléchir et à prendre du recul.

En résumé, parler d’amour avec son adolescent, ce n’est pas chercher à diriger sa vie affective, mais lui offrir un point d’appui stable, un regard bienveillant, et la certitude qu’il ou elle peut venir vous en parler. 🫂

 

Des ressources inspirantes

Voici quelques ressources qui pourraient vous aider à mieux comprendre ce que vivent les adolescents dans leurs relations amoureuses, et à ouvrir le dialogue de manière apaisée.

📚 Livres

  • Amour, sexe, les réponses aux questions des ados (Isabelle Filliozat & Margot Fried - Filliozat) : un manuel illustré d’éducation affective et sexuelle qui aborde le corps, les émotions, le désir, la communication et le respect dans les relations entre jeunes avec simplicité et bienveillance.
  • Les relations amoureuses chez les ados (Kimberly Kirberger) : un livre basé sur des témoignages authentiques d’adolescents, qui donne à voir leurs émotions, leurs doutes et leurs attentes dans les premières histoires d’amour. Une lecture précieuse pour mieux comprendre leur vécu de l’intérieur.
  • Je ne sais plus quoi faire avec mon ado — Conflits, écrans, devoirs… 50 situations parent-ado décryptées pour apaiser les relations (Erika Seydoux & Anne-Claire de Pracomtal) : notre livre propose 50 situations concrètes du quotidien (stress, démotivation, sexualité, relations, communication…) avec des conseils pratiques inspirés du coaching et des Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC). Il aide les parents à restaurer le dialogue, renforcer la confiance et mieux accompagner leur adolescent, y compris dans les questions affectives et relationnelles.

🎙 Podcasts

  • Podcast Virages : dans cet épisode, une psychologue aborde les relations amoureuses chez les adolescents, avec des conseils pratiques pour accompagner son ado dans cette période délicate.
  • Com’Ado : un podcast pensé pour les parents d’adolescents : communication, relation parent-ado, défis émotionnels et éducatifs. Une ressource utile pour réfléchir à la posture parentale face aux relations amoureuses et aux questionnements affectifs.

 

Quand demander de l’aide devient nécessaire…

Lorsque la relation amoureuse est associée à une souffrance persistante, à une perte d’énergie, à des troubles du sommeil ou à de l’isolement, il est important de ne pas rester seul·e face à la situation. Un accompagnement professionnel peut aider l’adolescent·e à mieux comprendre ce qu’il ou elle vit, à renforcer son estime de soi et à poser des limites plus protectrices.

Chez IAMSTRONG, nos coachs et psychologues certifiés accompagnent les adolescents et les parents dans leurs questionnements affectifs à travers des séances individuelles en visio et en présentiel, inspirées des thérapies cognitivo-comportementales.

L’objectif : aider les jeunes à construire des relations respectueuses, sans culpabilité ni jugement.

Les relations amoureuses font partie des grandes expériences de l’adolescence. Avec un cadre sécurisant, une écoute attentive et, si besoin, un soutien extérieur, elles peuvent devenir de véritables leviers de croissance personnelle. 🤍

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