Le manque de motivation scolaire : un phénomène répandu et souvent méconnu
Le manque de motivation scolaire touche bien plus de jeunes qu’on ne l’imagine. Il ne concerne pas seulement les élèves « en difficulté », ni ceux qui « n’aiment pas l’école ». On le retrouve aussi chez des ados qui avaient toujours de bons résultats, qui étaient curieux, impliqués… puis, progressivement, l’envie s’est éteinte.
Les données nationales confirment que ce n’est pas un phénomène isolé. Une note d’information de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) montre que la motivation et le sentiment d’efficacité scolaire des élèves se dégradent au cours du collège. Autrement dit, au fil des années, beaucoup de jeunes ont de plus en plus de mal à se sentir à la fois motivés et capables de réussir dans leur scolarité.
Ce constat ne veut pas dire que les adolescents « se désintéressent de tout ». En réalité, cette baisse de motivation est souvent silencieuse :
- les devoirs sont repoussés ou faits « au minimum » ;
- l’ado commence à dire qu’il « s’en fiche », mais évite qu’on regarde ses notes ;
- les matières autrefois appréciées deviennent « nulles » ou « trop difficiles » ;
- la simple idée d’ouvrir un cahier crée une fatigue immédiate.
Pendant un temps, les parents interprètent cela comme une phase ou un manque de volonté. Mais, pour le jeune, c’est souvent autre chose : une accumulation de petites déceptions, de stress, de comparaisons avec les autres, voire un sentiment de ne plus avoir sa place à l’école.
💡 Ce que montrent les travaux de la DEPP, c’est qu’il ne s’agit pas de cas isolés, mais d’une tendance globale : au collège, beaucoup d’ados voient leur motivation diminuer. Comprendre ce contexte aide à sortir de la culpabilité (« on a raté quelque chose ») et à entrer dans une logique d’accompagnement.
Pourquoi un ado décroche-t-il, même s’il a du potentiel ?
Il n’existe jamais une cause unique. La démotivation est une accumulation d’éléments qui finissent par fatiguer le mental de votre ado.
La pression scolaire et la peur d’échouer
Certains jeunes vivent l’école comme un examen permanent. Ils sont terrifiés à l’idée de décevoir et finissent par « lâcher » pour éviter de revivre la sensation d’échec.
L’épuisement émotionnel
Cours + devoirs + intérêt des pairs + vie sociale + changements corporels + attentes parentales : tout arrive en même temps à l’adolescence.
Quand l’un des domaines devient trop difficile, l’école est souvent la première victime.
Le manque de sens
Pour certains jeunes, apprendre sans comprendre l’utilité est décourageant. « Pourquoi je fais ça ? » devient la question invisible qui freine tout.
La comparaison permanente
Avec les réseaux sociaux, la réussite des autres (notes, concours, orientation…) est plus visible que jamais. Se sentir « moins bon » mine la motivation.
Les difficultés d’apprentissage non identifiées
Les difficultés sociales
Harcèlement, conflits, impression de décalage, peur du regard : si l’école est un lieu insécurisant, apprendre devient presque impossible. La démotivation n’est pas de la paresse. C’est un signal.
👉 « Pour les parents qui souhaitent explorer davantage les causes et les leviers de la motivation scolaire, nous vous recommandons le livre La motivation scolaire : Comment susciter le désir d’apprendre ? de Pierre Vianin. »💛
Comment aider son ado sans le braquer ?
Quand un ado manque de motivation scolaire, l’instinct du parent est souvent de « remettre de l’ordre », de rappeler l’importance de l’école, d’essayer de le secouer pour qu’il réagisse.
C’est normal : vous voulez le voir réussir, s’épanouir, avoir toutes les cartes en main. Le problème, c’est que plus la pression augmente, plus l’adolescent se ferme, même si votre intention est bonne.
L’accompagnement devient plus efficace quand on sort du rapport de force pour entrer dans un rapport de coopération. Voici quelques astuces pour y arriver, sans renoncer aux règles ni au cadre ! 💪
Parler moins d’école… et plus de ce que l’ado ressent
Un adolescent démotivé ne manque pas de rappels scolaires ; il manque d’espace pour exprimer ce qu’il vit intérieurement.
Le cerveau adolescent fonctionne ainsi :
- s’il se sent jugé → il se braque.
- s’il se sent compris → il s’ouvre.
Voici quelques idées de phrases d’ouverture :
- « J’ai l’impression que l’école est difficile en ce moment, tu veux m’en parler ? »
- « Je ne suis pas là pour te faire la morale, je veux juste comprendre ce qui se passe pour toi. »
- « Tu comptes pour moi, pas tes notes. C’est toi qui m’importe. »
Le message implicite important : « Tu n’es pas seul·e dans ce que tu vis. ». Ce sentiment de sécurité émotionnelle est la première marche vers la reprise de motivation.
Passer du « face-à-face » au « côte-à-côte »
Si chaque conversation sur l’école se termine en conflit, c’est que l’ado associe le sujet à une menace : peur d’être jugé, déçu, comparé, puni.
Pour rétablir un climat calme :
- Éviter les confrontations juste après l’école (moment où le cerveau est épuisé).
- Préférer des échanges en marchant, en voiture, au moment du coucher ou autour d’une activité calme : le face-à-face frontal peut être vécu comme trop intense.
- Ne parler d’école que lorsque l’ambiance s’y prête, pas tous les soirs.
Quand la relation se détend, l’adolescent retrouve plus facilement l’envie de coopérer. 🧡
Avancer par micro-objectifs plutôt que « tout ou rien »
Pour un jeune démotivé, « recommencer à travailler » est une montagne. En revanche, faire un petit pas est accessible.
Exemples très efficaces :
- « On fait 15 minutes ensemble et on arrête après. »
- « Tu choisis une seule matière pour aujourd’hui. »
- « On commence par le plus simple pour se remettre en route. »
- « Tu veux reposer ton cerveau une journée et on se remet en route demain ? »
Chaque petite réussite relance sa confiance. La motivation repart par l’action, pas par le discours.
Chercher ce qui facilite au lieu d’imposer ce qui « devrait » fonctionner
Beaucoup de conflits viennent d’un décalage entre la méthode familiale et les besoins de l’ado. Un jeune peut avoir besoin de :
- travailler en musique ou au calme,
- faire les devoirs le matin plutôt que le soir,
- apprendre en parlant au lieu d’écrire,
- réviser debout, sur un ballon, sur le canapé,
- faire des pauses fréquentes.
Changer le cadre n’est pas céder : c’est adapter l’environnement pour qu’il soit praticable pour lui.
Vous pouvez simplement demander : « Qu’est-ce qui t’aide le plus à te concentrer ? On va essayer comme ça. ». Rien ne motive plus un ado que de sentir qu’il a une forme de contrôle sur son apprentissage ! 😄
Rappeler les règles sans les transformer en menace
Entre laxisme et rigidité, il existe un terrain sûr : le cadre bienveillant.
Voici quelques exemples de règles justes et apaisantes :
- les devoirs se font avant les écrans (sauf si l’écran est outil de travail),
- on préserve le sommeil même si tout n’est pas terminé,
- on fait de son mieux, pas « tout parfaitement ».
Chaque règle protège : sommeil, énergie mentale, santé émotionnelle. L’objectif n’est pas la perfection : c’est la stabilité.
Ne pas faire de l’école le seul sujet du foyer
Si chaque moment passé ensemble tourne autour des notes, des devoirs, des efforts ou encore du bulletin, l’ado finit par associer sa valeur à sa performance scolaire. Et quand on se sent nul… on n’a plus la force d’essayer.
Créer du lien hors école est essentiel : vous pouvez par exemple cuisiner des bons petits plats ensemble, aller faire une balade dans la nature, regarder une série rigolote, jouer à un jeu de société, faire du sport ensemble, et tout simplement rire !
Un jeune qui se sent aimé indépendamment de ses résultats retrouve la capacité d’essayer.
👉 Pour aller plus loin, nous vous recommandons notre livre Je ne sais plus quoi faire avec mon ado : Conflits, écrans, devoirs… 50 situations parent-ado décryptées pour apaiser les relations.💛