
Il est 19 h. Les devoirs attendent sur la table, le portable vibre doucement, et votre ado soupire : « Je m’y mets après ». Une demi-heure plus tard, il est toujours scotché à son téléphone ou devant la console. Vous sentez la tension monter. Faut-il insister ? Laisser faire ? Vous oscillez entre inquiétude, agacement et culpabilité. 😤
Si cette scène vous semble familière, rassurez-vous : vous êtes loin d’être seul·e. La procrastination touche une grande partie des adolescents. Voyons pourquoi et comment y remédier !
Procrastiner, c’est quoi au juste ?
On confond souvent procrastination et paresse, alors que ce sont deux réalités bien différentes.
- La paresse, c’est le manque d’envie ou d’énergie à faire un effort.
- La procrastination, c’est vouloir faire quelque chose… mais ne pas réussir à s’y mettre.
Chez les adolescents, ce comportement s’explique autant par la biologie que par la psychologie. Leur cerveau est encore en construction, notamment la zone appelée cortex préfrontal, qui régule la planification, la prise de décision et la gestion du temps.
En clair, leur « logiciel de priorités » n’est pas encore complètement opérationnel.
Ajoutez à cela la recherche de plaisir immédiat (merci la dopamine), une peur de l’échec qui paralyse, ou encore une fatigue émotionnelle liée au rythme scolaire… et vous obtenez un cocktail redoutable.
Résultat : ils veulent agir, mais leur cerveau leur murmure « pas maintenant ».
Quand tout devient « pour plus tard » : ce qui se cache derrière l’inaction
Sous la procrastination, il y a rarement de la paresse. On y trouve plutôt des émotions à gérer, des croyances à déconstruire, et parfois des blessures de confiance.
Une étude publiée dans la Revue française de pédagogie (Berger et al., 2021) montre que la procrastination chez les lycéen·nes est souvent liée à des émotions inconfortables (peur de l’échec, honte, fatigue mentale) et à des difficultés à réguler la motivation. Autrement dit, il ne s’agit pas d’un manque de volonté, mais d’une manière d’éviter temporairement ces ressentis désagréables.
La peur de mal faire
Chez certain·es adolescents, la procrastination est intimement liée au perfectionnisme. Ils ne se lancent que lorsqu’ils pensent pouvoir faire « parfaitement », et tant que ce n’est pas le cas, ils préfèrent ne rien faire du tout.
Cette logique du « tout ou rien » rassure temporairement, tant que le travail n’est pas entamé, il ne peut pas être raté. Mais à long terme, elle nourrit la culpabilité et la perte de confiance.
Le paradoxe, c’est que plus l’ado veut bien faire, plus il se bloque. Et plus il se bloque, plus il se juge sévèrement. Un cercle vicieux émotionnel dont il est difficile de sortir sans un accompagnement bienveillant.
« Je ne vois pas à quoi ça sert »
Un autre moteur fréquent de la procrastination, c’est le manque de sens. À quoi bon rédiger une dissertation si le sujet ne parle pas ? Pourquoi réviser une leçon dont on ne voit pas l’utilité ?
L’adolescent cherche du concret, du lien avec sa vie réelle. Quand il ne perçoit pas ce lien, sa motivation chute brutalement.
Ce n’est pas de la paresse : c’est une forme de résistance à une tâche perçue comme déconnectée de ses valeurs ou de ses intérêts.
Trop de choses à gérer, pas assez de repères
Enfin, la procrastination peut naître d’un trop-plein. Entre les devoirs, les notifications, les attentes sociales et les comparaisons permanentes, beaucoup d’adolescents sont en surcharge mentale.
Leur cerveau, saturé, cherche à reprendre la main sur le temps, et la procrastination devient alors une pause déguisée, une manière de dire « stop » à un rythme qu’ils ne contrôlent plus.
Certain·es ados ont aussi du mal à se repérer dans le temps : tout leur semble soit urgent, soit lointain. Ce flou temporel crée une impression de chaos et renforce la tendance à tout repousser.
Les signes qui devraient vous alerter
Tout·e ado remet certaines choses à plus tard ; c’est normal. Mais quand la procrastination devient systématique, elle peut se transformer en spirale : plus il·elle repousse, plus il·elle se sent dépassé·e, moins il·elle agit.
Voici quelques signaux à observer :
- Les devoirs ne sont presque jamais faits sans rappel ou conflit.
- L’ado semble tendu·e ou irrité·e quand on parle du travail scolaire.
- Il·elle se justifie souvent (« J’ai pas le temps », « Je bosse mieux la nuit », « Je vais le faire demain »).
- Il·elle finit par perdre confiance en lui·elle-même, en se traitant de « nul·le » ou de « fainéant·e ».
- Les notes baissent, et la motivation fond avec elles.
Ces comportements ne traduisent pas un manque d’intelligence ou de bonne volonté : ils montrent plutôt un désalignement entre les attentes, les émotions et la capacité réelle à gérer la charge.
Et si on arrêtait la guerre du « fais-le maintenant » ?
C’est souvent à ce moment que les tensions familiales explosent. Vous demandez calmement à votre ado de s’y mettre, il·elle acquiesce… puis reste immobile. Vous relancez, la voix monte, et la soirée se transforme en bras de fer.
De votre côté, vous êtes frustré·e voire énervé·e : « Il suffit pourtant de commencer ! ». Du sien, un sentiment d’injustice : « Tu ne comprends pas, j’y arrive pas. »
Ces échanges épuisants n’ont rien d’anormal : ils traduisent une collision entre deux logiques. Celle du parent, qui cherche à faire avancer les choses, et celle de l’ado, qui essaie d’échapper à une émotion désagréable. Le problème, c’est que plus on met la pression, plus cette émotion grandit, et plus il·elle se replie.
Le cerveau adolescent réagit très vite à la contrainte : la pression verbale (« dépêche-toi », « tu perds ton temps », « fais-le maintenant ») active la même zone que celle du stress ou du danger.
Résultat : l’ado entre en mode défense. Il n’entend plus la consigne, il cherche juste à retrouver du contrôle.
Alors, comment changer la dynamique ?
Remplacez le contrôle par la curiosité
Plutôt que « Pourquoi tu ne fais pas tes devoirs ? », essayez :
« Qu’est-ce qui te bloque pour t’y mettre ? »
« De quoi tu aurais besoin pour commencer ? »
Ces phrases ouvrent le dialogue, sans jugement. Elles montrent que vous cherchez à comprendre, pas à forcer.
Validez ses émotions
Valider ce que l’ado ressent, sans forcément le cautionner, est une manière efficace de désamorcer la tension. Dire :
« Je vois que tu es fatigué·e, mais on peut chercher un moment qui te convienne. »
« Je comprends que ça t’agace, ce n’est pas simple de s’y mettre. »
Cela montre que vous reconnaissez l’effort émotionnel, pas seulement la tâche. Et quand un ado se sent compris, il baisse sa garde.
Encouragez les petits pas
L’idée n’est pas de viser le changement radical, mais la progression. Commencer un exercice, ouvrir un cahier, relire une consigne… chaque micro-action compte.
C’est la fameuse « inertie positive » : quand on démarre petit, le mouvement finit par s’entretenir !
Aider son ado à apprivoiser le passage à l’action
Une fois le dialogue apaisé, vient le temps d’aider concrètement. Le secret, c’est d’accompagner sans faire à sa place.
Créer des repères souples
Les adolescents ont besoin de repères, mais ils rejettent facilement les règles perçues comme rigides. Le bon équilibre, c’est un cadre souple, négocié et prévisible.
Par exemple :
- Établir ensemble un moment fixe pour les devoirs, mais modulable selon les jours : « Tu préfères t’y mettre après le goûter ou après le dîner ? »
- Utiliser un support visuel (planning coloré, application simple, post-its sur le bureau). Le cerveau adolescent réagit mieux à ce qu’il voit qu’à ce qu’on lui répète.
- Prévoir des temps de pause clairs : un quart d’heure de travail, 5 minutes de respiration, un passage par la cuisine pour un verre d’eau…
Fractionner les tâches
Pour beaucoup d’adolescents, le blocage vient de la taille perçue de la tâche. « Faire mon exposé », « réviser le chapitre », « écrire une rédaction »… tout cela semble immense. En fractionnant, vous lui permettez de retrouver une sensation de maîtrise.
Par exemple :
« Aujourd’hui, tu relis juste la première partie. »
« Commence par écrire l’introduction, on verra le reste demain. »
Chaque micro-étape cochée devient une petite victoire visible qui a aussi un impact sur la motivation de votre ado !
L’aider à reconnecter avec le sens
Un adolescent agit rarement sous la seule contrainte. Ce qui l’anime, c’est la signification. Vous pouvez l’aider à reconnecter ses actions à ce qu’il·elle valorise :
« Si tu fais ton dossier maintenant, tu seras tranquille ce week-end pour sortir. »
« Ce sujet d’histoire, ça te parle : c’est lié à ce que tu as vu dans le film l’autre jour. »
Faire ce lien entre la tâche et un objectif concret ou personnel restaure la motivation intrinsèque. Quand l’action retrouve un « pourquoi », elle cesse d’être une corvée et redevient un choix.
Travailler sur la peur de l’échec
Beaucoup d’ados repoussent non pas parce qu’ils s’en fichent, mais parce qu’ils redoutent de ne pas être à la hauteur. Pour les aider à dépasser cette peur :
- Dédramatisez l’erreur : « Ce n’est pas grave si tout n’est pas parfait, on apprend en faisant. »
- Racontez vos propres ratés, vos moments de doute. Cela humanise l’idée d’échec et rend la réussite accessible.
- Mettez l’accent sur le processus, pas le résultat : « Tu as cherché, tu t’es organisé·e, tu progresses. »
Valoriser l’effort, pas seulement le résultat
Oui, plaisir et devoir peuvent coexister. Le cerveau adolescent apprend mieux quand une émotion positive accompagne l’effort. Pour ça :
- Autorisez la musique pendant certaines révisions, si cela l’aide à se concentrer.
- Encouragez les méthodes alternatives : cartes mentales, schémas, jeux, révisions à deux.
- Laissez-le·la choisir l’ordre des tâches : ce petit sentiment de contrôle nourrit l’autonomie.
L’idée n’est pas de « rendre tout amusant », mais d’associer l’action à un sentiment de capacité et de satisfaction plutôt qu’à une obligation.
Quand la procrastination devient un signal d’alerte
Parfois, la procrastination n’est plus un simple retard : elle devient un symptôme de mal-être. Un adolescent qui n’arrive plus à rien entreprendre, qui évite toute discussion sur l’école ou qui montre des signes d’anxiété, peut être en surcharge émotionnelle.
Certains jeunes utilisent la procrastination comme une stratégie de protection : « si je ne fais pas, je ne risque pas d’échouer ». Mais à long terme, cette fuite fragilise la confiance en soi, crée de la honte, et peut même masquer une dépression ou un trouble anxieux.
Voici quelques signaux qui doivent alerter :
- perte d’intérêt pour les activités qu’il·elle aimait,
- fatigue ou irritabilité constante,
- repli social, sommeil perturbé, troubles alimentaires,
- discours négatif sur soi-même.
Dans ces cas-là, il est important de ne pas rester seul·e. Parler à un·e professionnel·le (psychologue, coach, infirmier·ère scolaire, médecin) permet d’évaluer la situation, d’identifier les causes profondes et de proposer un accompagnement adapté. Ce n’est pas un aveu d’échec ; c’est une preuve d’attention et de courage.
Accompagner un·e ado qui procrastine, c’est aussi apprendre à ralentir soi-même. Accepter que le changement prenne du temps, que la motivation fluctue, et que votre rôle n’est pas de contrôler, mais d’aider votre ado à remettre le mouvement en route.
La procrastination n’est pas un signe de paresse, mais un message : votre ado essaie de gérer son stress, ses émotions ou la peur de ne pas réussir. En cultivant la patience, l’écoute et l’encouragement, vous l’aidez à se faire confiance, à oser commencer et à avancer à son rythme.
Et si malgré vos efforts, votre ado reste bloqué·e ou découragé·e, un accompagnement extérieur peut vraiment faire la différence.
Chez IAMSTRONG, nos coach·es et psychologues certifié·es accompagnent les jeunes pour les aider à comprendre ce qui les freine, à retrouver confiance et à avancer sans pression. Un espace d’écoute, d’outils concrets et de bienveillance pour renouer avec le plaisir d’agir et se sentir à nouveau capables.