Aider son enfant à développer son estime de soi pour mieux faire face aux moqueries

Vous le voyez rentrer avec les épaules un peu plus basses que d’habitude. Il·elle lâche un « ça va » qui sonne faux, file dans sa chambre, ou au contraire explose pour un détail. Et vous, vous faites ce que font beaucoup de parents : vous essayez de réparer vite. « Ne les écoute pas », « Ce n’est pas grave », « Ils sont bêtes ». 

Sauf que… les moqueries, même quand elles paraissent « anodines », peuvent s’incruster dans la tête comme une chanson énervante qu’on n’arrive pas à arrêter.

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut renforcer quelque chose de très concret : l’estime de soi. Pas pour apprendre à votre enfant à « encaisser » en silence, ni pour lui demander d’être plus fort·e que les autres. Plutôt pour l’aider à se sentir solide à l’intérieur, à se connaître, à demander de l’aide, à poser des limites, et à ne pas laisser le regard des autres devenir sa vérité.

😊 Dans cet article, on va droit au but : ce qu’est l’estime de soi, pourquoi elle aide face aux moqueries, comment la développer au quotidien, quoi dire, et quand se faire accompagner.

 

Pourquoi les moqueries touchent si fort… même quand « ça n’a l’air de rien »

Les moqueries, ce n’est pas « juste des mots ». À l’école, le regard des autres pèse lourd : on y passe des heures, on s’y construit, on s’y compare. Quand un·e enfant ou un·e ado est ciblé·e, il·elle peut finir par se demander : « Qu’est-ce qui cloche chez moi ? »

Et parfois, la violence se prolonge en ligne. Les enquêtes de climat scolaire montrent que la cyberviolence concerne une part importante des élèves : environ 28 % des collégien·nes déclarent avoir subi au moins une forme de cyberviolence sur une année scolaire, et 23 % des lycéen·nes aussi.

Du côté des plus jeunes, Santé publique France rapporte que, parmi les enfants scolarisés en élémentaire, plus de 16 % sont considérés comme « victimes probables » de situations de type harcèlement (mesure croisée parents/enseignant·es).

Même si votre enfant n’est pas dans une situation de harcèlement installé, ces chiffres rappellent une chose : les violences entre pairs existent tôt, et elles laissent des traces.

 

L’estime de soi, concrètement : de quoi parle-t-on ?

On confond souvent l’estime de soi avec la confiance en soi. La confiance, c’est plutôt « je me sens capable de faire ». L’estime, c’est « je me sens valable, même quand je me trompe, même quand on me critique ».

Un document d’Éduscol le formule de manière très parlante : l’estime de soi correspond à la valeur que l’on s’accorde, en ayant conscience de ses ressources et de ses manques, et de sa capacité à surmonter des obstacles, rectifier ses erreurs, trouver des solutions.

Et ça change tout face aux moqueries. Parce que si votre enfant a une estime de soi fragile, la moquerie devient une preuve : « Ils ont raison. » Si l’estime de soi est plus solide, la moquerie devient une info extérieure : « Ils disent ça, mais ça ne définit pas qui je suis. »

 

Dans la tête d’un·e enfant ou d’un·e ado moqué·e : ce que vous ne voyez pas toujours

Prenons un moment pour nous mettre réellement à sa place :

  • Le matin : « Est-ce qu’on va encore se moquer de moi ? » ;
  • En classe : peur de lever la main (« si je me trompe, ils vont rigoler ») ;
  • À la cantine : stratégie d’évitement (« je vais me mettre là où on me voit moins ») ;
  • Sur les réseaux sociaux : hypervigilance (« est-ce qu’il y a un message, une story, un commentaire ? ») ;
  • Le soir : rumination (« pourquoi j’ai dit ça ? pourquoi je suis comme ça ? »).

Chez certain·es, ça donne du retrait. Chez d’autres, de l’agressivité. Et parfois un mélange très adolescent : « Lâche-moi » qui veut dire « reste près de moi, mais sans m’étouffer ».

 

Renforcer l’estime de soi : ce qui marche vraiment et ce qui marche moins

Soyons honnêtes : « Ignore-les » marche rarement. Pas parce que votre enfant est « trop sensible », mais parce qu’ignorer quand on se sent attaqué·e demande déjà une base interne solide.

Ce qui aide, c’est un combo de trois choses :

  • 1. Se sentir en sécurité (à la maison, et idéalement avec des adultes-relais à l’école).
  • 2. Se sentir capable d’agir (mots, posture, demandes d’aide, stratégies).
  • 3. Se sentir reconnu·e pour ce qu’il·elle est, pas uniquement pour ce qu’il·elle réussit.

Éduscol rappelle aussi que l’estime de soi se construit à partir des expériences, et du regard de l’autre : autrement dit, votre façon de regarder votre enfant compte énormément.

Et côté prévention, Santé publique France insiste sur l’intérêt de développer les compétences psychosociales (compétences cognitives, émotionnelles et sociales) pour mieux réagir dans les interactions et améliorer le bien-être.

Vous cherchez un accompagnement adapté, mais vous vous sentez un peu perdu ?

Les 7 leviers du quotidien pour faire grandir l’estime de soi

1) Nommer ce qui est vécu, sans minimiser

Quand votre enfant raconte une moquerie, l’objectif n’est pas de « relativiser », mais de valider.

Ce que vous pouvez dire :

  • « Ça a dû faire mal à entendre. »
  • « Je comprends que tu te sentes humilié·e / en colère / triste. »
  • « Merci de me l’avoir dit. On va chercher des solutions ensemble. »

Ce qui déssert (même si c’est bien intentionné) :

  • « Ce n’est rien. »
  • « Tu es trop susceptible. »
  • « Tu n’as qu’à répondre. » 

🧠 Petit effet bonus : quand un·e enfant se sent compris·e, son cerveau sort plus facilement du mode « alerte », et il·elle redevient disponible pour réfléchir.

2) Donner des exemples concrets qui nourrissent l’estime de soi

Les compliments généraux comme « tu es génial·e » restent souvent abstraits. Ils ne permettent pas toujours à votre enfant de comprendre sur quoi repose réellement votre appréciation. En revanche, des exemples précis l’aident à identifier concrètement ses qualités et ses ressources.

Vous pouvez prendre quelques minutes pour repérer ensemble des situations récentes où il·elle a fait preuve d’une compétence ou d’une qualité particulière :

  • « Cette semaine, j’ai vu que tu as… »
  • « J’ai remarqué ta façon de… »
  • « Ce que j’apprécie chez toi, c’est quand tu… »

🎯 Exemple : « Tu as osé aller demander au prof, même si tu n’étais pas à l’aise. Ça, c’est du courage. »

3) L’aider à se définir autrement que par le regard des autres

Les moqueries réduisent souvent un enfant à une étiquette (« le gros », « l’intello », « la chelou »…). À force d’entendre ces mots, il·elle peut finir par s’y identifier. L’objectif est donc d’élargir la perception qu’il·elle a de lui·elle-même.

Vous pouvez proposer un petit temps d’échange, dans un moment simple du quotidien, en voiture, en marchant, en préparant le dîner.

Posez-lui des questions ouvertes :

  • « Si tu devais te présenter sans parler de l’école, que dirais-tu de toi ? »
  • « Qu’est-ce qui te fait te sentir vraiment toi ? »
  • « Quelles sont trois qualités que tu reconnais chez toi, indépendamment du regard des autres ? »

Il est fréquent que votre enfant réponde d’abord « je ne sais pas ». C’est souvent le signe qu’il·elle n’a pas l’habitude de réfléchir à lui·elle-même en dehors des évaluations scolaires ou sociales.

Vous pouvez l’aider en suggérant des pistes concrètes : sens de l’humour, créativité, curiosité, loyauté, capacité à écouter, imagination, sens de la justice, persévérance… L’idée n’est pas de lui coller une nouvelle étiquette positive, mais de lui montrer que son identité est multiple et ne se résume pas à ce que d’autres disent de lui·elle.

4) Préparer des réponses courtes et adaptées face aux moqueries

L’objectif n’est pas de trouver la réplique parfaite. Il s’agit d’aider votre enfant à disposer de phrases simples, qui posent une limite et mettent fin à l’échange.

Vous pouvez vous entraîner avec lui·elle à la maison, dans un cadre calme, en simulant brièvement la situation. Le but est de répéter des réponses courtes jusqu’à ce qu’elles deviennent plus naturelles.

Exemples de phrases :

  • « D’accord. » (ton neutre, sans entrer dans le débat)
  • « Tu peux arrêter. »
  • « Ça ne m’intéresse pas. »
  • « Parle-moi autrement. »
  • « Je m’en vais. » (et partir effectivement)

La répétition est essentielle. En situation de stress, il est difficile d’improviser. Avoir déjà formulé ces phrases permet à votre enfant d’y accéder plus facilement lorsqu’il·elle en a besoin.

5) Développer l’assertivité : poser une limite sans attaquer

L’assertivité consiste à exprimer ce que l’on ressent et ce que l’on souhaite, de manière claire et respectueuse. Ce n’est ni se taire, ni agresser. C’est affirmer. Vous pouvez lui transmettre une structure simple :

  • « Quand tu dis…, je me sens… Je voudrais que tu… »

Par exemple :

  •  « Quand tu te moques de moi, je me sens humilié·e. Je voudrais que tu arrêtes. »

Cette formulation permet de nommer le comportement, d’exprimer l’émotion, et de poser une demande claire. Elle limite les insultes en retour, qui aggravent souvent la situation et se retournent contre l’enfant.

6) Multiplier les espaces où votre enfant se sent compétent·e

Lorsque l’école devient un lieu de tension, il est essentiel que votre enfant puisse vivre ailleurs des expériences positives, valorisantes et sécurisantes. 🎨⚽

Il peut s’agir de :

  • une activité sportive, y compris non compétitive ;
  • une pratique artistique : musique, dessin, théâtre, photographie ;
  • un club, une association, un atelier ;
  • un engagement bénévole ;
  • des projets à la maison : cuisine, jardinage, réparation, montage vidéo…

Ces expériences permettent à votre enfant de développer un sentiment de compétence et d’appartenance.

7) Associer l’école à la démarche

Vous n’avez pas à gérer la situation seul·es. Et votre enfant ne doit pas non plus porter cela sans être soutenu par l’institution.

Travailler en lien avec l’établissement permet d’identifier des adultes référent·es et de clarifier les dispositifs existants. L’UNICEF recommande d’établir un dialogue constructif avec l’équipe éducative afin que des mesures concrètes puissent être mises en place.

Vous pouvez poser des questions précises :

  • « Qui est l’adulte référent si mon enfant rencontre un problème dans la cour ? » ;
  • « Quel est le protocole en cas d’incident répété ? » ;
  • « Comment les temps sensibles comme la récréation ou la cantine sont-ils encadrés ? ».

Clarifier ces points rassure votre enfant et lui montre qu’il·elle n’est pas seul·e face à la situation.

📌 Si vous avez besoin d’un soutien, le 3018 est un numéro gratuit, anonyme et confidentiel, opéré par l’association e-Enfance. Il est accessible 7 jours sur 7, de 9 h à 23 h, pour accompagner les jeunes et leurs parents face au harcèlement et aux violences en ligne.

 

Bien choisir ses mots pour soutenir son enfant

Phrases qui renforcent

Vous pouvez dire :

  • « Tu n’as pas à affronter ça seul·e. »
  • « On va chercher ensemble des personnes qui peuvent t’aider. »
  • « Ce que tu ressens est compréhensible. »
  • « Tu as le droit de demander de l’aide. »
  • « Je tiens à toi, que ta journée ait été bonne ou difficile. »

Ces messages rappellent à votre enfant qu’il·elle n’est ni responsable des moqueries, ni obligé·e de les gérer tout·e seul·e.

Phrases à éviter, même avec de bonnes intentions

Certaines formulations déplacent involontairement la responsabilité sur votre enfant ou minimisent l’impact émotionnel :

  • « Réponds-leur, sinon ça ne s’arrêtera jamais. »
  • « Fais un effort pour t’intégrer. »
  • « Montre que ça ne t’atteint pas. »

Ces phrases peuvent laisser entendre que la solution dépend uniquement de lui·elle, ou qu’il·elle devrait être capable de ne rien ressentir. Or, personne ne choisit d’être blessé·e.

 

Quand l’estime de soi est profondément fragilisée : savoir reconnaître les signaux

Il arrive que les moqueries s’inscrivent dans un contexte plus large et que la souffrance dépasse ce que la famille peut contenir seule. Dans ces situations, demander de l’aide est un acte de protection, pas un échec.

🚩 Signaux qui doivent vous alerter :

  • refus répété d’aller en cours, maux de ventre ou de tête fréquents sans cause médicale identifiée ;
  • isolement important, perte d’intérêt pour des activités auparavant appréciées ;
  • irritabilité constante ou tristesse persistante ;
  • baisse significative des résultats scolaires ou décrochage ;
  • troubles du sommeil, ruminations, crises d’angoisse ;
  • propos très dévalorisants envers soi (« je ne sers à rien », « je suis nul·le »).

Si plusieurs de ces signes sont présents et durent dans le temps, il est préférable de consulter.

Vers qui se tourner concrètement ?

Plusieurs professionnel·les peuvent intervenir selon la situation :

  • Le·la médecin traitant·e, pour une première évaluation globale ;
  • L’infirmier·ère scolaire ou le·la psychologue de l’Éducation nationale ;
  • Un·e psychologue (par exemple formé·e aux thérapies cognitivo-comportementales ou aux approches centrées sur les émotions) ;
  • Un·e pédopsychiatre lorsque la souffrance est intense ou durable ;
  • Un·e orthophoniste si les moqueries concernent la parole, le langage ou entraînent un repli lié à la communication ;
  • Les structures publiques comme les CMP ou CMPP, selon votre territoire.

Chez IAMSTRONG, des psychologues ou coachs spécialisé·es accompagnent les jeunes en visio ou en présentiel ainsi que leurs parents pour renforcer l’estime de soi, développer les compétences psychosociales et apprendre à faire face aux moqueries avec des outils concrets.

Les moqueries peuvent ébranler profondément un enfant ou un·e adolescent·e, surtout lorsqu’elles se répètent et touchent à l’identité. Mais elles ne définissent pas qui il·elle est. Ce qui fera la différence, sur le long terme, c’est le regard qu’il·elle porte sur lui·elle-même et le soutien constant que vous lui offrez.💘

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