
Ils se ressemblent, partagent tout depuis la naissance et font souvent sourire par leur complicité. Les jumeaux fascinent, intriguent, attendrissent. 👬
Selon les données de l’INSEE : le taux de naissances de jumeaux passe de 15,8 % en 2004 à 17,2 % en 2017.
Mais derrière les « ils sont pareils ! » ou les « on dirait des copies conformes ! », il y a parfois une réalité plus nuancée : celle de deux individus qui cherchent chacun à exister pour eux-mêmes.
Alors comment, quand on partage tout, trouver sa propre voie ? Comment affirmer sa singularité sans trahir le duo ? Et surtout, comment aider vos enfants à se sentir uniques, tout en préservant la belle complicité qui les unit ?
Pourquoi les jumeaux sont-ils si souvent comparés ?
Les comparaisons font partie du quotidien des jumeaux, dès les premiers jours. À la maternité déjà, les visiteurs s’émerveillent : « Ils se ressemblent tellement ! », « Lequel est le plus grand ? », « Qui dort mieux ? ». Ces remarques, pleines de tendresse, traduisent souvent la fascination que suscite le fait d’être « deux ».
Mais au fil du temps, ces observations se transforment parfois en comparaisons constantes. À l’école, dans la famille ou même entre amis, les jumeaux deviennent involontairement un sujet d’étude.
Une curiosité culturelle… mais parfois envahissante
Dans notre société, les jumeaux attirent naturellement la curiosité. On les voit souvent comme un tout, un binôme indissociable.
Les médias, les dessins animés ou les livres renforcent cette image : les jumeaux sont souvent représentés comme deux moitiés identiques, partageant les mêmes goûts, les mêmes pensées, les mêmes réactions. 👥
Résultat : le regard extérieur peine à voir les nuances, à percevoir les différences plus subtiles.
Pourtant, même des jumeaux monozygotes (vrais jumeaux), qui partagent le même patrimoine génétique, développent des tempéraments et des trajectoires différentes. Selon plusieurs études en psychologie du développement (notamment celles menées par l’Université Paris-Cité et l’INSERM), le vécu, les interactions et les expériences personnelles façonnent bien davantage la personnalité que les gènes seuls.
Des parents parfois pris dans le jeu des comparaisons
Et il ne faut pas se culpabiliser : même les parents peuvent, sans s’en rendre compte, alimenter cette dynamique. Les jumeaux arrivent souvent dans un contexte de forte intensité émotionnelle.
Leurs progrès sont observés, parfois notés, commentés. Quand l’un marche avant l’autre ou parle plus tôt, on le remarque immédiatement. Ce suivi attentif part d’une intention positive (celle d’encourager et de s’émerveiller) mais il peut aussi semer une forme de rivalité silencieuse.
L’entourage, lui, compare souvent pour mieux comprendre : comme il n’est pas toujours facile de distinguer deux enfants proches en âge et en apparence, il cherche des repères. Mais à force de pointer ce qui différencie (« l’un est timide, l’autre extraverti »), ces repères deviennent des étiquettes. 🏷️
Une comparaison qui s’installe dès la petite enfance
La comparaison commence souvent très tôt : qui pèse le plus à la naissance ? Qui mange mieux ? Qui pleure davantage ? Et elle continue dans le parcours scolaire :
- l’un obtient de meilleures notes,
- l’autre a plus d’amis,
- l’un est plus sportif,
- l’autre plus artistique.
Ces constats ne sont pas problématiques en soi. Ce qui peut le devenir, c’est la répétition du message, qui donne à chaque enfant le sentiment d’être défini par rapport à l’autre, et non par rapport à lui-même.
Les effets des comparaisons sur l’identité et la confiance en soi
L’adolescence est une période de transformation intense, où chaque jeune tente de comprendre qui il est, ce qu’il aime, et comment il se distingue des autres. Pour un·e jumeau·elle, cette quête d’identité se joue souvent sous un double regard : celui des autres, et celui du frère ou de la sœur avec qui tout est partagé depuis toujours. 👀
Lorsque les comparaisons deviennent fréquentes, même bienveillantes, elles peuvent créer un terrain fragile. Au fil du temps, certains adolescents finissent par intérioriser les rôles qu’on leur attribue :
- l’un devient « le raisonnable », l’autre « l’impulsif » ;
- l’un est « le bon élève », l’autre « l’artiste » ;
- l’un est « celui qui réussit », l’autre « celui qu’on encourage ».
Des comparaisons qui pèsent sur l’estime de soi
Être constamment comparé à son jumeau peut créer un sentiment de déséquilibre affectif. L’un peut se sentir « en retard », « moins doué » ou « moins aimé ». L’autre, perçu comme « le plus fort », porte alors le poids d’attentes élevées, parfois sources d’anxiété. Ces déséquilibres se traduisent souvent par :
- une baisse de confiance en soi ;
- un perfectionnisme ou une culpabilité chez celui ou celle qu’on dit « le plus doué » ;
- une rivalité silencieuse ou une comparaison permanente dans les petits gestes du quotidien : notes, amis, apparence, sport, popularité…
Une dynamique parfois difficile à exprimer
Le plus complexe, c’est que ces sentiments sont rarement verbalisés. Beaucoup d’ados jumeaux n’osent pas dire qu’ils souffrent de la comparaison, par peur de trahir leur frère ou leur sœur. Leur lien est fort, presque fusionnel ; exprimer une blessure revient parfois à avoir l’impression de « rompre » cette unité. 😥
Reconnaître la singularité de chaque jumeau au quotidien
Reconnaître l’unicité de chaque enfant, c’est le point de départ pour qu’il ou elle puisse se construire sans se comparer. Chez les jumeaux, cette démarche demande un peu plus de vigilance, car tout, depuis la naissance, les unit : la chambre, les anniversaires, les vêtements, les copains, parfois même la manière dont on s’adresse à eux.
Les parents ne le font pas par manque d’attention, bien sûr. C’est souvent un réflexe pratique ou affectueux : on parle « des jumeaux », on choisit « une tenue assortie », on félicite « vous deux ». Ces petites habitudes semblent anodines, mais elles entretiennent l’idée d’un duo indissociable.
Pourtant, chaque jumeau·elle vit le monde à sa manière, avec son tempérament, ses émotions, sa sensibilité. En effet, les recherches montrent que les jumeaux monozygotes ont une plus grande ressemblance intellectuelle que les dizygotes — mais pas totale : l’éducation, le milieu social et familial influencent aussi beaucoup. Et c’est précisément cette différence dans la ressemblance qui mérite d’être valorisée.
💬 Vous pouvez, par exemple :
- Nommer chaque enfant individuellement, même dans les moments collectifs. Dire « Jules et Emma », plutôt que « les jumeaux ». Ce simple réflexe aide chacun à se sentir reconnu pour lui-même.
- Observer leurs façons d’être, leurs goûts, leurs rythmes. Peut-être que l’un aime le calme pendant que l’autre recherche l’action ; que l’un se concentre facilement, tandis que l’autre a besoin de bouger pour apprendre. Ces nuances sont précieuses.
- Remarquer leurs différences sans les opposer : « Vous avez tous les deux une belle énergie, mais pas au même moment de la journée ! ». L’idée est de souligner ce qui distingue sans hiérarchiser.
Donner à chacun une place visible dans la famille
Reconnaître l’unicité, c’est aussi créer des espaces de reconnaissance personnelle. Cela peut passer par de petits détails concrets :
- des objets ou décorations propres à chacun dans la chambre partagée ;
- une photo individuelle affichée sur le frigo ou dans le salon ;
- un moment où chaque enfant peut choisir le film du week-end, le repas du soir, ou l’activité familiale.
Un équilibre entre lien et autonomie
Il ne s’agit pas de tout séparer, mais de trouver un équilibre sain. Trop d’insistance sur les différences pourrait donner l’impression qu’il faut s’éloigner à tout prix ; à l’inverse, tout faire ensemble peut freiner la construction de soi.
L’objectif, pour les parents, est de cultiver la singularité sans casser la complicité. On peut aimer la même chanson, rire des mêmes blagues et partager la même chambre, tout en ayant des rêves et des besoins différents.
Encourager des choix et des activités personnelles
Chaque enfant a besoin d’un espace qui lui appartient. Pour les jumeaux, cet espace doit parfois être créé volontairement.
💡Quelques pistes concrètes :
- Proposer des activités distinctes : si l’un aime la danse et l’autre le foot, valorisez les deux sans les hiérarchiser.
- Favoriser des amitiés séparées : même si leurs cercles se croisent, encouragez chacun à entretenir des liens personnels.
- Diversifier les rôles familiaux : l’un peut aider pour les repas, l’autre pour le jardinage, selon ses préférences.
Ces expériences individuelles sont essentielles pour que chacun se découvre en dehors du duo. Elles permettent aussi d’éviter que l’un devienne l’ombre de l’autre dans certaines sphères (sociale, scolaire ou émotionnelle).
Et si l’un des deux hésite à s’émanciper ? Parlez-lui avec douceur : « Tu peux aimer être proche de ton frère/sœur tout en ayant tes propres envies, tu sais ? ». L’idée n’est jamais de séparer, mais de différencier sans diviser.
Leur offrir des moments individuels pour renforcer leur identité
Les journées passent vite, et dans le tourbillon familial, il n’est pas toujours simple d’accorder du temps à chacun. Pourtant, quelques minutes d’attention exclusive peuvent suffire.
🥰 Essayez, par exemple :
- De prévoir un moment parent-enfant dédié : une sortie, un film, un repas, juste avec l’un des deux.
- D’organiser un rituel hebdomadaire individuel : un café du matin, une balade du dimanche, un moment de discussion avant le coucher.
- D’écouter sans mentionner le frère ou la sœur : parler de « lui·elle » sans renvoi au jumeau, c’est une manière subtile mais puissante de lui rappeler qu’il ou elle existe à part entière.
Ces moments renforcent le sentiment d’exister pour soi, pas seulement à travers le duo.
Comment répondre aux comparaisons de l’entourage de vos jumeaux ?
Même lorsque vous veillez à ne trop comparer vos enfants, le monde extérieur, lui, le fait souvent sans s’en rendre compte. Famille, enseignant·es, voisin·es ou ami·es de la famille… beaucoup projettent leur curiosité ou leur affection à travers des remarques qui semblent anodines, mais qui peuvent peser dans la durée.
« Ils se ressemblent tellement, mais lui a l’air plus sage ! »,
« On sent que ta fille est plus mature que son frère, non ? »,
« Il est plus extraverti, c’est évident ! »
Apprendre à recadrer avec douceur
Il n’est pas nécessaire de reprendre chaque remarque de front. Parfois, il suffit de répondre avec calme et bienveillance, en recentrant la discussion sur la singularité de chacun.
💬 Voici quelques exemples :
- « Ils se ressemblent, oui, mais ils ont chacun leur personnalité, c’est ce qui fait leur charme. »
- « C’est vrai qu’ils sont différents, et c’est ce que j’aime le plus chez eux. »
- « Ils avancent chacun à leur rythme, et c’est très bien comme ça. »
- « Je préfère éviter de les comparer, ça ne les aide pas à grandir. »
Ce type de réponse apaise la situation, sans vexer la personne qui a parlé, tout en protégeant vos enfants du regard comparatif. Et si une remarque devient insistante ou répétée, l’humour peut être un allié précieux :
« Ah oui, ils sont pareils… sauf quand il faut ranger la chambre ! »
ou encore
« Ils se ressemblent peut-être, mais croyez-moi, ils ne se ressemblent pas quand il faut choisir le film du soir ! »
L’humour permet de dédramatiser sans confrontation, tout en faisant passer le message que vous valorisez leurs différences.
Donner l’exemple par le langage
Les enfants sont très sensibles à la manière dont on parle d’eux. Même en dehors de leur présence, il est utile de rester attentif à la façon dont on les décrit.
Par exemple, au lieu de dire : « Elle est la plus calme, lui est plus vif », on peut dire : « Leur énergie n’est pas la même, et c’est ça qui les complète. »
Cette nuance change tout : elle évite la hiérarchisation et valorise la complémentarité. 💫
De même, lorsqu’un·e enseignant·e ou un membre de la famille vous parle de l’un, prenez le temps d’écouter sans forcément évoquer l’autre. Cela permet à chacun d’exister dans son individualité, sans se sentir défini par le miroir de son frère ou de sa sœur.
Protéger vos enfants… sans les isoler
Les comparaisons extérieures sont inévitables — l’enjeu n’est pas de les supprimer, mais d’aider vos enfants à ne pas en souffrir. À la maison, vous pouvez en parler simplement :
« Tu sais, quand les gens vous comparent, ce n’est pas contre vous. Souvent, ils ne savent pas comment faire autrement. Mais moi, je sais que vous êtes très différents, et c’est ce que j’aime chez vous. »
Ce type de message rassure vos ados et leur apprend à relativiser les jugements extérieurs. Ils comprennent alors que leur valeur ne dépend pas de la comparaison, mais de ce qu’ils sont individuellement. 🌟
Aider les jumeaux à affirmer leur personnalité avec assurance
À l’adolescence, le besoin de se différencier devient plus fort. Cela peut se traduire par des choix esthétiques, des opinions marquées ou des prises de position inattendues. Parfois, cela surprend les parents. Mais ce besoin d’affirmation est sain ! 😊
Encouragez-le, sans le juger. Quelques leviers efficaces :
- Valoriser l’expression personnelle : dessin, musique, écriture, tenue vestimentaire… tout ce qui permet d’explorer son identité.
- Inviter à la réflexion personnelle : « Et toi, qu’est-ce que tu en penses ? », plutôt que « Votre avis ? ».
- Accepter les désaccords : deux jumeaux peuvent penser différemment, même sur des sujets familiaux.
Quelques ressources inspirantes
Livres 📚
- Les jumeaux et leur jumeau de Lawrence Wright — Éditions Odile Jacob. Une enquête qui fait le point sur les recherches scientifiques en gémellité, identités, inné/acquis.
- Jumeaux de Fabrice Bak — Éditions Solar (2021). Un regard plus récent sur les jumeaux, les défis psychologiques et identitaires qu’ils vivent.
- Le Grand Livre des Jumeaux de Muriel Herbert — Guide pratique. Bien que plus orienté « vie de famille » que théorie psychologique, il peut apporter des pistes concrètes pour les parents.
Podcast(s) 🎙️
- La Boîte À Outils des parents (par Juliette Serceau) — Episode « Et si j’avais des jumeaux ou des jumelles ? (46) – Le message rassurant de parents de jumeaux pour ne plus avoir peur ».
- Frères et Sœurs (par Julia Lasry – Tenoua) — Bien que plus large fratrie que jumeaux spécifiquement, l’épisode 2 « Jumeaux jumelles : voués à se talonner ? » aborde directement la gémellité.
Quand demander du soutien si la comparaison entre vos jumeaux devient difficile à vivre ?
Parfois, malgré toute votre bienveillance, la comparaison pèse trop lourd. L’un des deux peut ressentir de la jalousie, de la tristesse, voire un sentiment d’injustice.
💡 Quelques signaux qui peuvent alerter :
- Votre ado exprime qu’il se sent moins bien que son frère ou sa sœur.
- Il évite certaines activités où la comparaison est fréquente (notes, sport, apparence).
- Son estime de soi baisse, ou il se renferme.
Dans ces situations, il peut être utile de consulter un professionnel. Chez IAMSTRONG, nos psychologues et coachs spécialisé·es accompagnent les enfants et les adolescents dans la construction de leur identité et la gestion de la comparaison, notamment dans les fratries ou les relations gémellaires.
L’approche repose sur l’écoute, la valorisation de l’estime de soi et la mise en place d’outils concrets inspirés des thérapies cognitivo-comportementales (TCC).
N’attendez pas que le malaise s’installe : une discussion peut parfois suffire à rétablir la confiance et à apaiser les tensions entre frères et sœurs. 🫶